Voici quelques extraits de livres ou de films. Certains sont comiques, d'autres très sérieux ou complètement disjonctés...
Ce sont mes notes de lecture dont je voudrais vous faire profiter.
Pour une raison ou une autre, ces passages ont retenu mon attention et j'espère aussi la vôtre...

Bonne lecture !

 Nouvelle d'Alphonse Allais

 

 

 

...Pour avoir du toupet, je ne connais personne comme les médecins. Un toupet infernal ! Et un mépris de la vie humaine, donc !

Vous êtes malade, votre médecin arrive. Il vous palpe, vous

ausculte, vous interroge, tout cela en pensant à autre chose. Son

ordonnance faite, il vous dit : « Je repasserai », et – vous

pouvez être tranquille – il repassera, jusqu’à ce que vous soyez

passé, vous, et trépassé.

Quand vous êtes trépassé, immédiatement un croque-mort

vient lui apporter une petite prime des pompes funèbres.

Si vous résistez longtemps à la maladie et surtout aux

médicaments, le bon docteur se frotte les mains, car ses petites

visites et surtout la petite remise que lui fait le pharmacien font

boule de neige et finissent par constituer une somme rondelette.

Une seule chose l’embête, le bon docteur : c’est si vous

guérissez tout de suite. Alors il trouve encore moyen de faire son

malin et de vous dire, avec un aplomb infernal :

– Ah ! ah ! je vous ai tiré de là !

Mais de tous les médecins celui qui a le plus de toupet, c’est

le mien, ou plutôt l’ex-mien, car je l’ai balancé, et je vous prie de

croire que ça n’a pas fait un pli.

À la suite d’un chaud et froid, ou d’un froid et chaud – je ne

me souviens pas bien – j’étais devenu un peu indisposé. Comme

je tiens à ma peau – qu’est-ce que vous voulez, on n’en a

qu’une ! –, je téléphonai à mon médecin, qui arriva sur l’heure.

Je n’allais déjà pas très bien, mais après la première

ordonnance, je me portai tout à fait mal et je dus prendre le lit.

Nouvelle visite, nouvelle ordonnance, nouvelle

aggravation.

Bref, au bout de quelques jours, j’avais maigri d’un tas de

livres… et même de kilos.

Un matin que je ne me sentais pas du tout bien, mon

médecin, après m’avoir ausculté plus soigneusement que de

coutume, me demanda :

– Vous êtes content de votre appartement ?

– Mais oui, assez.

– Combien payez-vous ?

– Trois mille quatre.

– Les concierges sont convenables ?

– Je n’ai jamais eu à m’en plaindre.

– Et le propriétaire ?

– Le propriétaire est très gentil.

– Les cheminées ne fument pas ?

– Pas trop.

Etc., etc.

Et je me demandais : « Où veut-il en venir, cet animal-là ?

Que mon appartement soit humide ou non, ça peut l’intéresser

au point de vue de ma maladie, mais le chiffre de mes

contributions, qu’est-ce que ça peut bien lui faire ? » Et malgré

mon état de faiblesse, je me hasardai à lui demander :

– Mais, docteur, pourquoi toutes ces questions ?

– Je vais vous le dire, me répondit-il, je cherche un

appartement, et le vôtre ferait bien mon affaire.

– Mais… je n’ai point l’intention de déménager

– Il faudra bien pourtant dans quelques jours.

– Déménager ?

– Dame !

Et je compris

Mon médecin jugeait mon état désespéré, et il ne me

l’envoyait pas dire.

Ce que cette brusque révélation me produisit, je ne saurais

l’exprimer en aucune langue.

Un trac terrible, d’abord, une frayeur épouvantable !

Et puis, ensuite, une colère bleue ! On ne se conduit pas

comme ça avec un malade, avec un client, un bon client, j’ose le

dire.

Ah ! tu veux mon appartement, mon vieux ? Eh bien, tu

peux te fouiller !

Quand vous serez malade, je vous recommande ce procédé là

: mettez-vous en colère. Ça vous fera peut-être du mal, à vous.

Moi, ça m’a guéri.

J’ai fichu mon médecin à la porte.

J’ai flanqué mes médicaments par la fenêtre.

Quand je dis que je les ai flanqués par la fenêtre, j’exagère.

Je n’aime pas à faire du verre cassé exprès, ça peut blesser les

passants, et je n’aime pas à blesser les passants : je ne suis pas

médecin, moi !

Je me suis contenté de renvoyer toutes mes fioles au

pharmacien avec une lettre à cheval.

Et il y en avait de ces fioles, et de ces paquets et de ces

boîtes.

Il y en avait tant qu’un jour je m’étais trompé – je m’étais

collé du sirop sur l’estomac et j’avais avalé un emplâtre.

C’est même la seule fois où j’ai éprouvé quelque

soulagement.

Et puis, j’ai renouvelé mon bail et je n’ai jamais repris de

médecin.